30 de moins de 30 2020 : Gabriel Rouet

« Une culture, c’est un ensemble organisé de significations partagées par un groupe […] dont les idées conventionnelles sont inférées par les actions et attachées aux objets de ses membres. » – Tiré du livre Outsider – Études de sociologie de la déviance d’Howard Becker

Université / University

Université de Bourgogne – Master de Recherche en Musicologie spécialité création et interprétation / University of Burgundy – Research Master in Musicology specializing in creation and interpretation

CEFEDEM AuRa – DE de Musiques Actuelles Amplifiées

Mémoire / Research paper

L’apprentissage musical à l’ère numérique; Une réflexion sur la notion de Musique Assistée par Ordinateur

L’expérience (esthétique) du quotidien / Des mécanismes d’émergence d’une musique actuelle amplifiée à une conception renouvelée de l’enseignement musical

Poste actuel / Current position

Coordinateur du Département des Musiques Actuelles, Conservatoire de Montluçon – Chargé d’accompagnement, la SMAC le 109 / Coordinator of the Popular Music Department, the Conservatory of Montluçon – Artistic Support, the SMAC LE 109

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Music is life and life is music : 3 chansons/œuvres musicales marquantes personnellement ?

« リサフランク420 / 現代のコンピュ » – Macintosh Plus

Des américains qui ralentissent des tubes bidons des années 80 en mettant un max d’effets dessus tout en les renommant avec des caractères extra-occidentaux, sans jamais citer les ayant droits ou même les auteurs, et qui y associent des statues Grecques ainsi que des visuels ultra kitch retro-futuriste ? ça ne pouvait que me plaire !

« Jynweythek » – Aphex Twin

Quand j’ai découvert, alors jeune producteur de musiques électroniques, que c’était seulement du piano (préparé); alors que j’étais certain que c’était de la musique purement électronique.

Missa “L’Homme armé” – Pierre de la Rue

Je ne pensais jamais me retrouver à chanter de la musique religieuse dans un lieu de culte accompagné d’une viole de gambe – pour l’anecdote -, j’avais les cheveux bleus à l’époque –  avant de rencontrer cette œuvre (ainsi que d’incroyables musiciens). La musique nous fait belle et bien voyager en dehors de nos sentiers battus !

Ticket gagnant : quel a été le moment déterminant pour mettre le pied à l’étrier dans ce milieu ?

Lorsque j’étais enfant, il y avait ce jouet, offert par mon grand-père, en forme de marchand de glace. J’appuie sur un bouton rouge, il fait un son, sur le bleu, un autre son. J’apprends alors à le dompter et m’amuse avec les sensations qu’il me procure. Soudainement, ma mère, n’en pouvant plus de ces sons synthétiques bruyants et agaçants, le prend et le jette par la fenêtre (après de nombreuses sommations que j’avais sans doute eu le confort cognitif d’oublier ou d’ignorer). L’objet broyé devient inutilisable.

Maintenant, je suis musicien de musiques électroniques et continue d’entretenir ces expériences dans mon laboratoire, mon home-studio. L’envie hédoniste d’expériences esthétiques reste la même. Si l’on s’amuse à remonter l’origine de mes sensibilités musicales, elles proviennent de l’expérience (esthétique) de mon quotidien. Ensuite, il y a eu les Conservatoires, l’Université, les expériences de concerts (sur ou devant la scène), la médiation culturelle, les soirées, les rencontres humaines et artistiques, les lieux de vie (Collectif la Méandre RPZ),…

Peut-être que je détourne la question, mais pour moi, il y a surtout des ensembles de micro-événements déterminants mon envie de rejoindre ce milieu.

Recommandation de spectacle/concert à voir absolument pour quelqu’un qui ne sort jamais ?

Le meilleur concert est sans doute celui qui est le plus proche de chez toi ! Faisons vivre les initiatives artistiques locales.

Qu’est-ce qui vous a pris de vouloir travailler dans la musique?

Au conservatoire de Chalon, on passait nos soirées à improviser dans le noir au sein d’un espace nommé le Carmel, une ancienne Chappelle réinvestie en studio d’électro-acoustique et de Musiques Amplifiées. Ce sont ces expériences initiales, quasiment mystiques, qui m’ont donné le goût des arts du son. Improviser avec les musiciens-élèves du Conservatoire de Montluçon, à la seule lueur des machines, restent encore une de mes expériences esthétiques préférées.

Vous rencontrez des aliens: les 10 titres / œuvres à leur faire découvrir ?

>> Ecouter la playlist <<

« Sick & Panic » – Macintosh Plus
« Acdwn2 » – Autechre
« Untitled (7) » – Mark Fell and Gábor Lázár
« Closed Circuit » – Kaitlyn Aurelia Smith & Suzanne Ciani
« Chrome Country » – Oneohtrix Point Never
« Up My Sleeves » – Death Grips
« Poing » – Rotterdam Termination Source
« Collapse » – Emptyset
« Woodpecker No. 1 » – Merzbow
« Fumeux fume par fumée » – Solage

SRSLY (sérieusement) : les enjeux de votre métier dans les 5 prochaines années ?

« D’abord dans des rouleaux, sur des vélins ou parchemins, supports d’écriture ; puis, dès la Renaissance, dans les livres de papier, support d’imprimerie ; enfin, aujourd’hui, sur la Toile, support de message et d’information. […] Le savoir ? Le voilà, partout sur la Toile, disponible, objectivé. […] Là réside le nouveau génie, l’intelligence inventive, une authentique subjectivité cognitive ; l’originalité de la fille se réfugie dans ce vide translucide, sous cette brise joie »

Dans Petite Poucette, Michel Serres définit le savoir comme “désormais accessible” grâce aux nouveaux médias. L’imprimerie ayant déjà révolutionné à l’époque notre manière de transmettre de la connaissance. Précédemment gardé dans les livres, le savoir est devenu, sur le web, hyper-disponible. Cela pose un nouveau poids dans la balance pédagogique. La charge de transmission brute du savoir de l’enseignant à l’élève peut être dorénavant laissée en partie aux machines.

Mais cela est-il si triste de retrouver son précieux savoir partagé gratuitement sur un tuto Youtube d’un gamin de 12 ans ? Peut être que cela sonne la fin d’un processus pédagogique normatif hiérarchisant les cultures. Peut-être que l’on peut maintenant se diriger, notamment avec l’aide des pédagogies actives, vers un enseignement respectueux des diversités des esthétiques musicales au sein d’une discipline et se concentrer sur la pratique et des expériences auditives partagées.

Y a-t-il une vie après la musique et à quoi la vôtre ressemblerait-elle?

Si il y a une vie après la musique, réaliser des recherches en sciences sociales me plairait bien; ou bien quelque chose lié à l’enseignement de l’esprit critique ou à l’éducation aux médias.

Autre chose à rajouter ?

C’est déjà pas mal ! Merci d’avoir pris le temps de découvrir mon portrait 🙂

…And now, in English…

3 songs/musical works that have been important in your life and why ?

« リサフランク420 / 現代のコンピュ » – Macintosh Plus

Americans who slow down cheesy fame songs from the 80s by putting a maximum of effects on them while renaming them with extra-western characters, without ever quoting the rights holders or even the authors, and who associate Greek statues as well and ultra kitsh retro-futuristic visuals? i was destined to enjoy it !

« Jynweythek » – Aphex Twin

When I discovered, then young music electronic producer, that it was only piano (prepared); I was sure it was purely electronic music.

Missa “L’Homme armé” – Pierre de la Rue

I would never have thought to find myself singing religious music in a place of worship accompanied by a viola da gamba – for the anecdote, I had blue hair at the time – before meeting this music work (as well as ‘incredible musicians). Music really makes us travel off !

Golden Ticket moment : when did you get your big break ?

When I was a child, there was this toy, given by my grandfather, in the shape of an ice cream parlor. I press a red button, it makes this sound, on the blue, another sound. I then learn to tame it and have fun with the sensations it gives me. Suddenly, my mother, fed up with those noisy and annoying synthetic sounds, picks it up and throws it out the window (after many summons that i probably had the the cognitive comfort to forget or ignore). The crushed object becomes unusable.

Now, I am an electronic musician and continue to entertain these experiences in my laboratory, my home studio. The hedonistic urge for aesthetic experiences remains the same. If we have fun going back to the origin of my musical sensibilities, they come from the (aesthetic) experience of my daily life. Then there were the Conservatories, the University, concert experiences (on or in front of the stage), cultural mediation, parties, human and artistic meetings, places of life (Collectif la Méandre RPZ).

Maybe I divert the question, but for me, there are mainly sets of micro-events determining my desire to join this environment.

The show/gig you recommend for someone who has rarely ever goes out?

The best concert is undoubtedly the one closest to you! Let’s bring local artistic initiatives to life.

Why on earth did you want to work in music?

At Chalon’s Conservatory, we spent our evenings improvising in the dark in a space called Carmel, a former Chappelle reinvested in an electro-acoustic and Amplified Music studio. It was these initial, almost mystical experiences that gave me a taste for the sound arts. Improvising with the musicians-students of the Conservatory of Montluçon, by the only light of the machines, remains one of my favorite aesthetic experiences.

You meet aliens : which 10 tracks do they need to hear ?

>> Listen <<

« Sick & Panic » – Macintosh Plus
« Acdwn2 » – Autechre
« Untitled (7) » – Mark Fell and Gábor Lázár
« Closed Circuit » – Kaitlyn Aurelia Smith & Suzanne Ciani
« Chrome Country » – Oneohtrix Point Never
« Up My Sleeves » – Death Grips
« Poing » – Rotterdam Termination Source
« Collapse » – Emptyset
« Woodpecker No. 1 » – Merzbow
« Fumeux fume par fumée » – Solage

SRSLY (seriously) : what are the stakes of your job within the next 5 years ?

“First in rolls, on vellum or parchment, writing media; then, from the Renaissance, in paper books, printing medium; finally, today, on the Web, a medium for messages and information. […] The knowledge ? Here it is, everywhere on the Web, available, objectified. […] There resides the new genius, the inventive intelligence, an authentic cognitive subjectivity; the originality of the girl takes refuge in this translucent void, under this breeze of joy ”

In Petite Poucette, Michel Serres defines knowledge as “now accessible” thanks to new media. The printing press has already revolutionized the way we transmitted knowledge at the time. Previously kept in books, knowledge has become hyper-available on the web. This places a new weight on the educational balance. Part of the burden of transmitting knowledge from teacher to student can now be left to machines.

But, is it so sad to find his precious knowledge shared for free on a Youtube tutorial from a 12 year old kid ? Perhaps this signals the end of a normative educational processing cultural dominations. Perhaps we can now move, especially with the help of active pedagogies, towards teaching respectful of the diversities of musical aesthetics within a discipline and focus on practice and shared esthetic experiences.

Is there life after music, and what would yours be ?

If there is life after music, doing social science research would appeal to me; or something related to the transmission of rational thinking skills or media education.

Anything else to add ?

That’s already a lot ! Thank you for taking the time to read my portrait 🙂

Une réflexion sur “30 de moins de 30 2020 : Gabriel Rouet

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