Réussir c’est réussir du premier coup
Université / University
Étudiante en deuxième année de master au Conservatoire national supérieur de musique et de danse (CNSMD) de Paris et de Lyon.
Second-year master’s student at the Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse (CNSMD) in Paris and Lyon.
Poste actuel / Current position
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>> Zoltán Kodály : Duo for violin & cello op.7 (first movement) <<
>> Rachmaninoff : Cello Sonata in G minor, Op. 19 – II. Allegro scherzando, III. Andante <<
>> Concerto Violoncelle Saint Saëns – Concert Lauréats Talents Classiques 2018 – Carla Moujahed Coste <<
Music is life and life is music : 3 chansons/œuvres musicales marquantes personnellement ?
Souvenir très émouvant lors d’un concert interprété par mon premier professeur de violoncelle Augustin Lefebvre.
Prélude, choral et fugue – C. Franck
Lors de ma toute première écoute, dans le Choral, j’ai été profondément émue par la densité expressive et la profondeur harmonique qui semblent suspendre le temps. Chaque accord, chaque nuance m’a transportée, révélant une intensité spirituelle et émotionnelle rare
Suites pour violoncelle – J-S Bach, interprété par Yo-Yo Ma
Interprétation d’une pureté absolue, bouleversante.
Ticket gagnant : quel a été le moment déterminant pour mettre le pied à l’étrier dans ce milieu ?
Le moment réellement déterminant dans mon parcours a été ma participation à la tournée « Un été en France » aux côtés de Gautier Capuçon. Cette expérience a agi comme un révélateur de jouer chaque jour face à un public éclectique, cela m’a permis de comprendre la portée réelle de la musique lorsqu’elle sort des cadres institutionnels. Se confronter à la scène de manière répétée, itinérante, face à des milliers de personnes, a renforcé ma conviction que la musique n’a de sens que lorsqu’elle circule, lorsqu’elle touche, lorsqu’elle rencontre le monde. Cette tournée m’a donné l’assurance, mais surtout la certitude, que je voulais faire de cet engagement scénique le cœur de ma vie artistique.
Un second tournant a été ma collaboration avec l’association Tournesol, Artistes à l’Hôpital, qui m’a permis d’intervenir dans des établissements de soin. Cela m’a rappelé, avec une force particulière, le rôle fondamental de la musique qui est celui de créer du lien, d’apaiser, de redonner une forme de présence à celles et ceux que la société met souvent à distance. Jouer dans ces contextes, où le regard n’est plus celui du public mais celui de l’humain, a donné un sens plus profond à ma pratique.
Recommandation de spectacle/concert à voir absolument pour quelqu’un qui ne sort jamais ?
Je recommande fortement un concert live d’Herbie Hancock.
Qu’est-ce qui vous a pris de vouloir travailler dans la musique?
Le désir de travailler dans la musique ne résulte d’aucune décision consciente, il s’est imposé comme une évidence, presque comme une nécessité intérieure.
La musique a toujours constitué le terrain le plus naturel de mon expression, le lieu où je pouvais formuler avec justesse ce qui, autrement, resterait indicible. Très tôt, j’ai compris que je ne souhaitais pas seulement « pratiquer », mais plutôt m’inscrire pleinement dans une démarche artistique, en assumant ce que cela implique ; rigueur, engagement et transmission.
Ce choix s’ancre avant tout par la conviction que la musique a la capacité de toucher profondément, de créer un espace de partage réel entre l’interprète et le public. C’est cette capacité de lien, qui me motive à en faire mon métier. Je veux contribuer à faire vivre le répertoire, mais aussi à lui donner un avenir en interprétant la création d’aujourd’hui, en soutenant les voix nouvelles, et en incarnant, par mon travail, une vision ouverte, exigeante et vivante de la musique.
Vous rencontrez des aliens: les 10 titres / œuvres à leur faire découvrir ?
Quintette en ut majeur – F. Schubert
4 Klavierstüke Op. 119 – J. Brahms
« This Feeling » – Alabama Shakes
« The Garden » – Brad Mehldau
« Concerto for guitar » – Luiz Bonfá
« Exil (interlude) » – Clement Kasili
Concerto n3 in D minor op 30 – S. Rachmaninov
Sonata in B minor for piano – F. Liszt
« The grid » – Tigran Hamasyan
« Blue in green » – Miles Davis, John Coltrane, Bill Evans
SRSLY (sérieusement) : les enjeux de votre métier dans les 5 prochaines années ?
Les enjeux de mon métier dans les cinq prochaines années me paraissent à la fois artistiques, structurels et sociaux.
En tant qu’interprète, je suis au cœur d’un secteur en pleine mutation, où plusieurs défis majeurs se dessinent :
– Le renouvellement des publics : l’avenir du classique dépendra de notre capacité à sortir des cadres traditionnels, à repenser la médiation, les formats de concerts, les lieux, et à s’adresser à des publics plus jeunes et plus diversifiés. Il ne s’agit plus seulement de “jouer”, mais plutôt de transmettre et de rendre l’expérience musicale accessible, sensible et nécessaire.
– La place de la création contemporaine : dans un milieu encore dominé par le répertoire historique, il sera crucial d’affirmer la légitimité de ce répertoire.
– L’inclusivité et l’éthique du secteur : la place des femmes, des minorités, et de toutes les sensibilités dans la programmation est un enjeu majeur.
– Le rapport au numérique : Réseaux sociaux, captations, streaming : la visibilité, la pédagogie et la diffusion passeront en partie par ces outils.
Y a-t-il une vie après la musique et à quoi la vôtre ressemblerait-elle ?
Il m’est difficile d’imaginer une vie “après” la musique, tant elle constitue le socle de mon identité et de mon engagement artistique. Toutefois, si un jour ma trajectoire devait s’éloigner de la pratique instrumentale, je resterais sans aucun doute dans le champ artistique. Cinéphile assumée, j’ai eu la chance de participer à des événements tels que le Festival de Cannes ou la Mostra de Venise. Dans une autre vie professionnelle, je pourrais alors m’orienter vers la critique, la programmation de festivals, ou un rôle lié au cinéma.
Ainsi, si ma vie venait à s’écrire en dehors de la musique, elle resterait malgré tout guidée par la même chose : un besoin profond d’être au service de l’art, sous une forme ou sous une autre.
Autre chose à rajouter ?
Je tiens à exprimer ma plus profonde gratitude pour le soutien et la reconnaissance que représente le prix « La Nouvelle Onde ».
3 songs/musical works that have been important in your life and why ?
A very moving memory from a concert performed by my first cello teacher, Augustin Lefebvre.
Prélude, choral et fugue – C. Franck
When I heard it for the very first time, I was deeply moved by the expressive density and harmonic depth of the chorale, which seemed to suspend time. Each chord, each nuance transported me, revealing a rare spiritual and emotional intensity.
Suites pour violoncelle – J-S Bach, interprété par Yo-Yo Ma
An interpretation of absolute purity, deeply moving.
Golden Ticket moment : when did you get your big break ?
The real turning point in my career was my participation in the « Un été en France » tour alongside Gautier Capuçon. This experience was a revelation, playing every day in front of an eclectic audience, and it allowed me to understand the real impact of music when it breaks out of institutional frameworks. Repeatedly performing on stage, travelling around, in front of thousands of people, reinforced my conviction that music only has meaning when it circulates, when it touches people, when it encounters the world. This tour gave me the confidence, but above all the certainty, that I wanted to make this commitment to performing the centre of my artistic life.
A second turning point was my collaboration with the Tournesol association, Artistes à l’Hôpital, which allowed me to perform in healthcare institutions. This reminded me, with particular force, of the fundamental role of music, which is to create bonds, to soothe, to restore a form of presence to those whom society often distances. Playing in these contexts, where the audience is no longer the public but fellow human beings, has given my practice a deeper meaning.
The show/gig you recommend for someone who has rarely ever goes out ?
I highly recommend a live concert by Herbie Hancock.
Why on earth did you want to work in music ?
The desire to work in music was not a conscious decision; it imposed itself as something obvious, almost like an inner necessity.
Music has always been the most natural form of expression for me, the place where I could accurately articulate what would otherwise remain unspeakable. Very early on, I realised that I didn’t just want to ‘play’, but rather to fully commit myself to an artistic endeavour, with all that that entails: rigour, commitment and transmission.
This choice is rooted above all in the conviction that music has the ability to touch people deeply, to create a space for genuine sharing between the performer and the audience. It is this ability to connect that motivates me to make it my profession. I want to contribute to keeping the repertoire alive, but also to give it a future by interpreting today’s creations, supporting new voices and embodying, through my work, an open, demanding and lively vision of music.
You meet aliens : which 10 tracks do they need to hear ?
Quintette en ut majeur – F. Schubert
4 Klavierstüke Op. 119 – J. Brahms
« This Feeling » – Alabama Shakes
« The Garden » – Brad Mehldau
« Concerto for guitar » – Luiz Bonfá
« Exil (interlude) » – Clement Kasili
Concerto n3 in D minor op 30 – S. Rachmaninov
Sonata in B minor for piano – F. Liszt
« The grid » – Tigran Hamasyan
« Blue in green » – Miles Davis, John Coltrane, Bill Evans.
SRSLY (seriously): what are the stakes of your job within the next 5 years in your opinion ?
The challenges facing my profession over the next five years seem to me to be artistic, structural and social.
As a performer, I am at the heart of a rapidly changing sector, where several major challenges are emerging:
– Renewing audiences: the future of classical music will depend on our ability to break out of traditional frameworks, rethink mediation, concert formats and venues, and reach younger and more diverse audiences. It is no longer just a question of « playing », but rather of transmitting and making the musical experience accessible, meaningful and necessary.
– The place of contemporary creation: in an environment still dominated by the historical repertoire, it will be crucial to assert the legitimacy of this repertoire.
– Inclusivity and ethics in the sector: the place of women, minorities, and all sensibilities in programming is a major issue.
– The relationship with digital technology: social networks, recordings, streaming: visibility, education, and dissemination will partly depend on these tools.
Is there life after music, and what would yours be ?
It is difficult for me to imagine a life « after » music, as it forms the foundation of my identity and my artistic commitment. However, if one day my career were to move away from playing an instrument, I would undoubtedly remain in the artistic field. As a self-confessed film buff, I have been fortunate enough to participate in events such as the Cannes Film Festival and the Venice Film Festival. In another professional life, I could then move into criticism, festival programming, or a role related to cinema.
So, if my life were to be written outside of music, it would still be guided by the same thing: a deep need to be at the service of art, in one form or another.
Anything else you’d like to add ?
I would like to express my deepest gratitude for the support and recognition that the « La Nouvelle Onde » award represents.