Forum Entreprendre dans la Culture 2019 – Compte-rendu

Le 22 mai 2019, La Nouvelle Onde a organisé une table-ronde, en partenariat avec Irmawork, au Forum Entreprendre dans la Culture de Paris, intitulée « La relève : entretiens avec de jeunes entrepreneur.euse.s de la musique ».

Etaient présent.e.s pour évoquer leur parcours dans l’entrepreneuriat :

Ce panel a été composé pour représenter la diversité de l’entrepreneuriat culturel : paritaire, avec des représentant.e.s de Paris et des régions, des start-ups et des entreprises standard, des parents et des personnes sans enfants, et tous les genres musicaux du rap au classique en passant par le reggae, le rock, l’électronique, la pop et le jazz.

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Emily Gonneau a ouvert l’échange avec une question : « Qu’est-ce qui vous a donné envie d’entreprendre avant 30 ans et quels sont les obstacles que vous avez rencontrés ? »

Pour Adrien Sanchez Infante, l’entrepreneuriat c’est d’abord la volonté de ne pas attendre les maisons de disques et les grosses structures pour développer un projet. Pour Adéla Pudláková, l’entrepreneuriat a permis de répondre à un besoin rencontré chez les musiciens, et de moderniser la musique live. Tou.te.s évoquent la passion pour la musique, mêlée de « la volonté d’être libre de son temps » pour Loren Synnaeve, et de « laisser une trace » pour Garry Yankson.

Les obstacles rencontrés par ces jeunes entrepreneur.euse.s concernent d’abord le financier. « J’ai pu profiter de deux ans de chômage pour m’investir dans cette aventure. », a expliqué Loren Synnaeve. Les aspects juridiques et administratifs ont également été des obstacles pour Adrien Sanchez Infante, Emily Remy et Adéla Pudláková, qui s’est associée avec un juriste. Emily Remy a également mentionné la timidité comme premier obstacle, ainsi que « d’être une jeune femme dans le milieu de l’événementiel. » La jeunesse a également été un obstacle pour Garry Yankson, qui a indiqué qu’il « fallait faire ses preuves pour se faire sa place. » Cependant, pour tou.te.s, il ne faut pas avoir peur de se lancer tout en prenant le temps : « les obstacles permettent surtout d’apprendre pour aller plus vite après. », a expliqué Dorian Perron.

Mathias Milliard a ensuite questionné les 6 invité.e.s sur le salariat : est-ce que ce statut ne leur manque pas trop ?

« Jamais ! » pour Dorian Perron, « dans des moments de doutes, parfois », pour Loren Synnaeve, « tous les jours » a déclaré Garry Yankson, qui reconnaît que malgré tout, il ne quittera pas l’entrepreneuriat.

Mathias Milliard s’est ensuite intéressé au parcours des entrepreneur.euse.s : sont-ils passés par des incubateurs ou un programme de mentorat ? Et qu’est-ce que cette expérience leur a apporté ?

Emily Remy a parlé des rencontres : un musicien qui lui a fait confiance au début de carrière, et des exemples inspirants comme les fondatrices de NoMadMusic. Loren Synnaeve a parlé de MEWEM, le programme de mentorat de la FELIN dédié aux femmes entrepreneuses dans la musique, dont elle bénéficie depuis le début de l’année. Pour Dorian Perron, l’incubateur est ce qui a permis aux quatre associés de Groover de se rencontrer. Garry Yankson recommande de passer par plusieurs incubateurs, pour bénéficier de retours différents et de profiter des opportunités de networking : « plus on se fait aider, moins on se sent seul ». Pour Adéla Pudláková, les rencontres avec d’autres entrepreneurs et startups ont aidé au début de son aventure entrepreneuriale, ainsi que le fait de discuter avec les musiciens et artistes, pour pouvoir mieux répondre à leurs besoins suite au constat qu’elle a fait en travaillant sur sa thèse.

Première question du public : comment les six invité.e.s gèrent la concurrence par rapport à leur business ?

« En restant soi-même ! », a d’abord répondu Adrien Sanchez Infante, avant d’ajouter que la veille concurrentielle permettait surtout de s’inspirer de bonnes pratiques. Une idée largement approuvée par tou.te.s les invité.e.s. Dorian Perron a rajouté : « il vaut mieux être obsédé par ses utilisateurs que ses concurrents. »

Claudia Courtial, #30demoinsde30, présente dans le public, a ensuite posé une question sur la notion d’accompagnement : comment les entrepreneur.euse.s font le tri entre toutes les possibilités d’appels à projet, de candidatures à des prix et de dispositifs d’accompagnement ?

Deux façons de faire chez les invité.e.s : on tente sa chance un peu partout ou on cible et on prend le temps de faire le dossier. Dorian Perron et Garry Yankson sont un peu de ces deux écoles, tandis qu’Emily Remy explique : « on a décidé de faire peu de dossiers, mais de les faire bien. On a ciblé 3 dispositifs d’accompagnements, on a eu les 3. » Garry Yankson a également rappelé un principe de précaution : « un business ne se base pas que sur des financements extérieurs. »

Mathias Milliard a ensuite posé une question clé : pourquoi entreprendre dans la musique ?

« La musique est indispensable » pour Adrien Sanchez Infante, qui parle également de l’industrie musicale comme d’un secteur qui évolue de façon permanente, ce qui permet de ne pas se lasser. La passion est également la raison citée par Garry Yankson : « par envie de faire kiffer ! ». Pour Dorian Perron, « la musique est liée à mes plus belles émotions. »  Même passion pour Loren Synnaeve qui est revenue sur le parcours de formation : « quand on est plus jeunes, on ne sait pas ce qui se cache derrière l’artiste. Et on y arrive un peu par hasard, en apprenant sur le tas. » Pour Adéla Pudláková, c’est la découverte des coulisses lors d’une expérience professionnelle au sein d’un festival de musique classique qui l’a séduite. Emily Remy a clôturé ce tour de table en parlant du spectacle vivant : « Parce que je n’ai rien trouvé de plus fabuleux et palpitant à produire ! »

Les rencontres ont également été importantes pour les intervenant.e.s dans leur parcours professionnel : « la musique, c’est de l’humain avant tout. Il peut se passer plus de choses devant un verre que par mail. », a expliqué Loren Synnaeve. Pour Garry Yankson, c’est une rencontre décisive avec une artiste, sur YouTube puis à Harlem avant de prendre la décision de faire un disque en 5 jours avec 15 personnes.

Une personne du public a ensuite demandé aux invité.e.s quel était leur regard sur l’évolution de l’industrie de la musique aujourd’hui et de la rémunération des artistes. Pour Loren Synnaeve, la crise du disque a fait place à plein d’innovations et a permis « une créativité débordante » pour les entrepreneur.euse.s aujourd’hui. « C’est ce qui fait que c’est passionnant ! »

Une dernière question a été posée par le public : combien de fois les entrepreneur.euse.s ont pivoté avant de s’arrêter sur une proposition de valeur définitive ?

Dorian Perron a pris la parole pour expliquer son propre parcours : avec l’idée de faire une place de marché de services pour les musiciens, il s’est rendu compte avec ses associés, que le problème majeur des artistes concernait la promotion de leurs œuvres. « Pour entreprendre, il faut trouver un vrai problème à résoudre, le problème qui donne la migraine, et tester tout de suite sa proposition, même si la plateforme est moche. » Même logique pour Garry Yankson : « c’est en testant qu’on y arrive. »

Emily Gonneau a ensuite posé la question de la conciliation vie privée/vie perso : l’aspect financier a-t-il pesé dans leurs décisions au quotidien et de quelles manières, le cas échéant ?

Adrien Sanchez Infante s’est donné 3 ans avant de voir si sa structure marchait financièrement avant d’arrêter. Loren Synnaeve a bénéficié de deux ans de chômage, et a profité également du statut d’entrepreneuse pour développer d’autres projets à côté, qui génèrent d’autres sources de revenus. Pour Emily Remy, il a fallu se poser la question : « quand est-ce qu’on décide de vivre et de s’occuper de nous ? » et a décidé d’arrêter d’accepter des millions de projets qui ne sont pas financièrement viables pour mieux valoriser son temps auprès de partenaires et clients en demande de son expertise et pouvoir accueillir l’arrivée imminente d’un enfant. Dorian Perron a expliqué avoir eu la chance d’avoir eu le soutien de ses parents au début de l’aventure et rappelle qu’avoir le soutien de son entourage tel qu’il soit est crucial pour entreprendre. Enfin, Garry Yankson est indépendant depuis ses 17 ans et pour lui, il a fallu accepter de mettre sa vie en parenthèse pendant un petit temps et beaucoup travailler. Le fait de devenir père à 23 ans a accentué les enjeux de réussite de son aventure entrepreneuriale. « Il faut choisir sa stratégie de financement personnelle au début de l’aventure. » Aujourd’hui, sa structure est pérenne et stable, et il peut commencer à se rémunérer.

Enfin, pour clôturer cet échange entre entrepreneur.euse.s de moins de 30 ans, chacun.e a posé une question à un.e autre intervenant.e.

Dorian Perron a ouvert le bal avec une question qui faisait écho à la question de Claudia Courtial, en demandant à Loren Synnaeve comment elle arrivait à gérer plusieurs projets de front, et est-ce que son entourage arrivait à la suivre. « Il faut réussir à compartimenter, c’est beaucoup d’organisation et de priorisation. Il faut aussi avoir conscience, en tant que chef.fe de projet ou chef.fr d’entreprise, des échéances pour pouvoir redistribuer ensuite les tâches. »

Elle a ensuite demandé à Adrien Sanchez Infante quels étaient les avantages et inconvénients d’être en province, par rapport à Paris ? « L’avantage est que je n’ai pas de métro et de pollution. Mais il faut se concentrer deux fois plus car je n’ai personne autour de moi. J’ai également peu de concurrence ce qui me permet de devenir rapidement une personne de référence sur ma zone géographique. J’ai deux fois plus de travail parce que je n’ai pas forcément les bons interlocuteurs autour de moi, mais j’ai aussi deux fois plus de liberté. »

Il a enchaîné avec une question pour Emily Remy : quel serait l’élément qui la pousserait à changer de travail ou de secteur ? « Rien, il faudrait que je trouve quelque chose de plus passionnant. Je ne suis pas prête à vendre ma liberté pour un emploi stable, mais qui ne me permet pas de me réaliser pleinement. »

Elle a ensuite demandé à Garry Yankson quelles étaient les origines du nom de son entreprise, Ready Or Not. « C’est d’abord un hommage au titre des Fugees. C’est également au fait d’être jeune, et de la question « t’es prêt ou pas ? » : je veux faire mon affaire, j’y vais quand même. C’est également à la base un concept créé autour de la danse et des battles : que tu sois prêt ou pas, il faut y aller et donner tout ce que tu as. »

Ce dernier a, à son tour, posé sa question à Adéla Pudláková : quel était son meilleur souvenir de musicienne et d’entrepreneuse ? « En tant que musicienne, j’ai eu l’occasion de jouer lors d’un festival, un quatre mains avec le pianiste Lang Lang. Et en tant qu’entrepreneuse, c’est d’intégrer la Station F, car j’ai pu découvrir un nouveau milieu et c’est très enrichissant. »

Enfin, elle a bouclé la boucle en demandant à Dorian Perron quel était son ressenti lors de ses pitchs devant des investisseurs qui sont hors du champ culturel : sont-ils méfiants face à l’industrie musicale, ou au contraire, est-ce que cela les fait rêver ? « Parfois, le marché de la musique peut vraiment peur aux investisseurs, et dans ce cas, je parle d’abord de chiffres, avant de revenir sur la proposition de valeur. Mais dans certains concours organisés par de grands groupes, la musique est aussi un milieu sexy qui va redorer leur image. »  

Ces deux heures d’échanges passionnantes ont ensuite été clôturées par Mathias Milliards de l’IRMA et Emily Gonneau de La Nouvelle Onde, qui a rappelé le lancement récent des podcasts et l’ouverture prochaine des candidatures des #PrixLNO2019 sur la plateforme Irmawork.

 

 

 

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